SGUM explications
- Isabelle Hoareau
- 22 juil.
- 5 min de lecture
Intimité et ménopause : Le guide complet pour une transition sereine et épanouie
La ménopause est une transition biologique majeure qui ne devrait jamais être synonyme de renoncement.
En tant que thérapeute en rééducation pelvi-périnéale, mon rôle est de vous apporter une compréhension précise de cette métamorphose pour transformer une période souvent taboue en une étape de vie maîtrisée.
Entre bouleversements hormonaux et mécanique pelvienne, voici les clés pour préserver votre capital intime.
1. Comprendre la métamorphose hormonale et son impact anatomique
La chute de la production d' oestrogènes et de progestérone par les ovaires marque la fin de la période reproductive, mais ses effets dépassent largement la simple fin des cycles.
L'oestrogène est le garant de la trophicité génitale : il assure
- la lubrification,
- l’élasticité
- l’épaisseur des parois.
La lubrification naturelle provient essentiellement du liquide cervical et des sécrétions des glandes de Bartholin — deux glandes de la taille d'un petit pois situées à l'entrée du vagin. Sous l'effet du manque d'hormones, ce système s'altère :
Amincissement tissulaire : Les parois vaginales perdent leur épaisseur et leur résistance.
Perte de flux sanguin : Une vascularisation réduite fragilise la muqueuse.
Atrophie et inflammation : La zone devient sèche, irritable et sujette aux micro-déchirures.
Perte de l'élasticité : Les tissus se rigidifient, rendant l'accommodation physique difficile.
2. Le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) : définition et symptômes
Le terme SGUM , introduit en 2014 par un consensus international, remplace l'ancienne appellation d'"atrophie vulvo-vaginale".
Il souligne le lien indissociable entre les tissus vaginaux et le bas appareil urinaire, tous deux riches en récepteurs oestrogéniques.
Symptômes physiques: Le SGUM est une affection chronique qui nécessite un diagnostic précis pour éviter les complications :
Sécheresse intense et brûlures vulvo-vaginales.
Dyspareunie (douleurs lors des rapports) et saignements post-coïtaux.
Urgence mictionnelle et augmentation de la fréquence des mictions.
IUE (Incontinence Urinaire d'Effort) et fuites urinaires.
Infections urinaires à répétition.
Risque accru de POP (Pelvic Organ Prolapse ou descente d'organes).
Impacts psychologiques et sexuels:
L'inconfort physique induit des mécanismes réflexes complexes :
Inhibition réflexe : La douleur modifie le contrôle musculaire et retarde les ajustements posturaux.
Baisse de libido et anorgasmie : La crainte de la douleur crée une barrière mentale.
Perte de confiance : Une sensation de déconnexion avec son propre corps.
3. Solutions et traitements : de la médecine aux remèdes naturels
La prise en charge doit être précoce pour restaurer la santé des tissus.
Traitements hormonaux locaux : l 'utilisation de crèmes, d'anneaux ou de comprimés vaginaux à faible dose d'oestrogènes est l'option de référence. (sur ordonnance)
Elle agit localement sur la trophicité sans les effets systémiques d'un traitement oral classique.
Traitements oraux et suppositoires (sur ordonnance)
Ospémifène (SERM) : Un modulateur sélectif qui agit comme l'oestrogène sur le vagin pour soulager la dyspareunie.
DHEA : administrée par suppositoire vaginal nocturne, elle aide à restaurer l'intégrité de la muqueuse.
Hydratation et lubrification non hormonaux : (sans ordonnance)
L'importance du pH Il est crucial de choisir des produits dont le pH est équilibré (physiologique). Un produit inadapté peut aggraver le SGUM.
L'hydratant : usage régulier (tous les 2-3 jours) pour la santé profonde des parois.
Le lubrifiant : usage ponctuel pour faciliter le glissement et protéger le clitoris.
Gel ou ovules à base d'acide Hyaluronique
Hygiène de vie et conseils "hygiéno-diététiques"
Utilisez exclusivement des nettoyants surgras au pH physiologique ; bannissez les douches vaginales.
Mise en garde sur les sous-vêtements : Contrairement aux idées reçues, évitez les sous-vêtements en coton . Ils absorbent l'humidité résiduelle, ce qui aggrave la sécheresse et l'irritation de la vulve.
Préférez des sous-vêtements respirants, sans coutures irritantes et pas trop serrés, e matière naturelle (bambou ou Tencel)
Evitez le protège-slips porté toute la journée qui favorise les frottements et irrite l'environnement vulvaire.
L'activité sexuelle régulière est recommandée car elle augmente la vascularisation du vagin.
4. L'équilibre fonctionnel : Le trio diaphragme, abdominaux et plancher pelvien
La santé pelvienne repose sur une gestion rigoureuse de la PIA (Pression Intra-Abdominale) .
Le complexe thoraco-abdomino-pelvien fonctionne comme un piston bio-mécanique.
Anatomie et synergie:
Le plancher pelvien profond est dominé par le muscle élévateur de l'anus , dont le faisceau pubo-rectal forme une véritable sangle postérieure.
Dans la sphère sexuelle, le muscle bulbo-spongieux joue un rôle clé : il recouvre les glandes de Bartholin et favorise l'érection clitoridienne via la sangle de Houston.
Le mécanisme de protection:
Une gestion saine des pressions exige que le diaphragme et le transverse de l'abdomen travaillent en synergie.
Si la douleur s'installe, elle provoque des APA (Ajustements Posturaux Anticipatifs) retardés , laissant le périnée sans protection lors d'un effort.
De plus, un passé obstétrical peut avoir causé une dénervation partielle du nerf hypogastrique (via l'étirement des ligaments utéro-sacrés), altérant la sensibilité et la réponse musculaire.
La Posture : L'atout "Amortisseur"
La transmission des forces dépend de votre lordose lombaire .
Une antéversion du bassin à 45° est protectrice : elle oriente les pressions vers le dôme périnéal postérieur , qui agit comme un amortisseur conjonctif.
À l'inverse, effacer la cambrure lombaire dirige la pression vers l'avant, augmentant les risques de fuites et de prolapsus.
5. Prévenir et rééduquer : techniques et exercices pratiques
Les exercices de Kegel et la mise en garde scientifique
La tonification des muscles releveurs est essentielle, mais elle doit être bien exécutée et supervisée par un professionnel pour vérifier la bonne exécution.
Une étude majeure a démontré que la pratique d'exercices abdominaux hyperpressifs provoque, en seulement un mois, une chute de 20% du tonus du plancher pelvien (étude portant sur 60 femmes nullipares, âge moyen 25 ans).
Même sans antécédent d'accouchement, une mauvaise pression est délétère.
La gymnastique hypotensive
Privilégiez cette "gymnastique douce" qui réduit la pression intra-abdominale tout en tonifiant le transverse profond et le périnée. L'objectif est la remontée active des viscères.
Nutrition et irritants
Pour nourrir vos muqueuses de l'intérieur :
Acides gras : Consommez des oméga 3 et 6, spécifiquement les sardines, le hareng , l'huile d'olive et de lin.
Réduction des irritants vésicaux : Lors de votre phase de rééducation, réduisez au minimum le café, le thé, le chocolat et les épices , qui irritent la vessie et accentuent les urgences mictionnelles.
Limitez drastiquement l'alcool et le tabac, facteurs aggravants de l'atrophie.
6. Conclusion : Une approche multidisciplinaire pour une qualité de vie retrouvée
La ménopause ne doit pas être une période de silence ou de douleur.
Les modifications tissulaires et bio-mécaniques sont réelles, mais elles sont traitables.
L’approche doit être globale : médicale pour restaurer la trophicité hormonale, et kinésithérapique pour réhabiliter la gestion des pressions et la fonction musculaire.
Mon message est un message d'empowerment : ne restez pas seule avec vos symptômes.
Consultez un professionnel pour établir un plan personnalisé. Reprendre le contrôle de son périnée, c'est reprendre le contrôle de sa liberté, de son confort et de son plaisir.




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